Fin annoncée pour la Chaine de TV "NoLife"


La chaîne espérait pouvoir compter sur des investisseurs pour éponger ses dettes. Faute d’être parvenu à un accord, son président a annoncé le 01/04/2018 la fin prochaine de la diffusion.

C’est Davy Mourier, animateur historique de la petite chaîne de télévision, qui en a fait l’annonce, dimanche 1er avril peu avant 21 heures : l’aventure Nolife va s’arrêter, après onze années de diffusion.
Quelques minutes plus tôt, dans un message d’un optimisme inhabituel, il avait fait croire que la chaîne, à la santé vacillante depuis des années, était sauvée. Que des investisseurs avaient été trouvés. Avant de concéder qu’il s’agissait d’un poisson d’avril. Le dernier, donc.

« Peut-être que les gens nous en voudront à tout jamais de faire ça un 1er avril, concède Sébastien Ruchet, président et cofondateur de la chaîne, mais je ne crois pas qu’il y ait jamais un bon moment pour annoncer ce genre de choses. »
La chaîne, spécialisée dans les jeux vidéo et les cultures japonaises, devrait toutefois continuer d’émettre au moins une semaine sur le câble, le satellite et l’ADSL, jusqu’au dimanche 8 avril, le temps de diffuser les derniers reportages ainsi qu’une émission spéciale d’adieu, durant laquelle les anciens de la chaîne devraient passer « dire au revoir ».

Un nécessaire redressement judiciaire
Nolife connaissait des difficultés financières depuis des années, en particulier depuis 2014-2015, une période qui voit fuir de nombreux annonceurs et les revenus publicitaires chuter drastiquement. « Une crise de la publicité, due à la crise économique », pour Sébastien Ruchet, qui grève ses budgets et laisse la chaîne avec une dette qu’elle traîne depuis comme un boulet.

Nolife a depuis multiplié les retards de paiement, au point d’être contrainte d’engager au début de 2016 une procédure de redressement judiciaire. « On pensait que l’aventure était terminée », se rappelle M. Ruchet. La période d’observation s’achève pourtant avec succès à l’été 2017. Les comptes de Nolife sont sains, la chaîne a des projets et des perspectives de financement pour « relancer la machine » : elle peut poursuivre son activité commerciale.

Elle doit néanmoins, en catastrophe, prendre des décisions radicales, comme celle de se séparer de ses journalistes spécialisés en jeux vidéo. « Ça a été très dur », commente M. Ruchet, sombre.

Malheureusement, huit mois plus tard, aucun accord n’a été trouvé avec les investisseurs potentiels. Sans soutien, la chaîne a commencé à perdre de l’argent. Un peu. Puis de plus en plus. « Ce n’était pas du tout une bonne dynamique. »

Dans ces conditions, le nécessaire remboursement de la dette à partir de l’été 2018, dont l’échelonnement avait été obtenu grâce à la procédure de redressement judiciaire, n’apparaît pas raisonnablement atteignable. Nolife n’a plus d’autre choix : la liquidation, qui devrait être prononcée par le tribunal le 16 avril.

D’ici là, la chaîne entend continuer d’émettre, tant qu’elle en a les moyens. Nolife emploie encore une dizaine de salariés, et faisait appel à autant d’intermittents du spectacle pour des chroniques régulières.

Interrogé vendredi, Sébastien Ruchet savait déjà où il serait le dimanche soir, au moment où l’annonce de la fermeture, préenregistrée, serait diffusée : devant les réseaux sociaux et les forums de la chaîne, à guetter les réactions de spectateurs, avec lesquels il reconnaît que Nolife entretient « un rapport particulier ».

Il sait que ceux-ci se diront prêts à soutenir la chaîne par un système de financement participatif, mais la direction s’y refuse : « Notre financement participatif, on l’a déjà fait il y a des années, via les abonnements de soutien [à la plate-forme de streaming payant Noco] ».

Quant à continuer de diffuser uniquement sur le Net, c’est hors de question : « La diffusion télé ne représente qu’un centième du budget de Nolife. » Une paille par rapport au coût des salaires et du matériel, mais une paille qui assure une visibilité et un prestige incomparable par rapport à une diffusion sur le Net, selon M. Ruchet. « Continuer d’émettre en pure player numérique n’aurait pas de sens. »

Nolife aura diffusé pendant près de onze ans : un record pour une chaîne de télévision indépendante. « Une victoire », même, pour Sébastien Ruchet, pas peu fier du parcours de la petite chaîne. « Ce qu’on a fait pendant onze ans avec Nolife, c’est quelque chose qui, normalement, n’est pas possible. »

Sources: Le Monde.fr

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